
Les remake bonne chose ou stagnation pour l’évolution du JV?

Avant de commencer on va s’interesser à la définition de remake.
Un remake de jeu vidéo, également appelé une nouvelle version, une reprise, ou familièrement une resucée, est un jeu vidéo adapté d’un jeu plus ancien et destiné à un matériel plus récent et à un public contemporain. En général, le remake reprend le même titre, le même gameplay et le même narratif que le jeu originel.
L’industrie du jeu vidéo a connu une croissance exponentielle au cours des dernières décennies, évoluant d’une forme de divertissement de niche à un média culturellement et économiquement influent. Les jeux vidéo ont maintenant atteint l’âge vénérable de 50 ans, marquant ainsi un jalon significatif dans l’histoire de ce domaine dynamique. Les éditeurs et les développeurs ont pleinement saisi l’importance de ce moment, en reconnaissant que la nostalgie peut être un puissant moteur pour attirer les joueurs qui ont accompagné l’industrie depuis ses débuts.
En effet, la tendance croissante des remakes et remasters démontre la volonté de raviver les expériences de jeu qui ont marqué les joueurs par le passé. Ces versions modernisées permettent de revisiter des classiques tout en les adaptant aux normes technologiques actuelles, offrant ainsi une opportunité de redécouvrir des titres emblématiques d’une toute nouvelle manière.
Par ailleurs, l’âge mûr du jeu vidéo a également apporté une reconnaissance accrue à ce média autrefois sous-estimé. Longtemps relégué au rang de simple divertissement pour enfants, le jeu vidéo a désormais gagné sa légitimité en tant qu’art et forme d’expression à part entière. Cette évolution témoigne de la maturité et de l’importance croissante de l’industrie du jeu vidéo dans la société contemporaine, et ouvre la voie à de nouvelles perspectives créatives et artistiques.

Les jeux vidéo ont indéniablement parcouru un long chemin depuis leurs débuts il y a 50 ans. Avec une telle histoire, il n’est pas étonnant que les joueurs se replongent avec nostalgie dans leurs premières expériences de jeu, se remémorant des après-midis entiers passés à maîtriser des classiques tels que Super Mario Bros. ou Pac-Man. Cette nostalgie n’a pas échappé aux éditeurs de jeux vidéo, qui ont rapidement compris le potentiel lucratif de raviver ces souvenirs du passé. Ainsi, nous assistons à une véritable explosion de remakes et de rééditions de jeux vidéo emblématiques, offrant aux joueurs la possibilité de revivre ces moments privilégiés de leur jeunesse, parfois en qualité améliorée et adaptée aux technologies modernes. Cette tendance croissante est une véritable preuve que l’amour pour ces jeux classiques reste vivace, et que les émotions qu’ils suscitent demeurent intemporelles.

Du rétrogaming au remake
L’appel de la nostalgie résonne puissamment à travers les décennies, tissant un lien intemporel avec les enthousiastes des premiers jeux vidéo. Le rétrogaming incarne la renaissance des époques révolues, capturant l’essence des bornes d’arcade et offrant une expérience de jeu empreinte de souvenirs et de nostalgie. Pour Olivier Mauco, érudit et enseignant spécialisé en jeux vidéo à Sciences Po Paris, le rétrogaming évoque une fibre nostalgique profonde, puisant dans les souvenirs d’enfance et les moments précieux du passé.
Bien que le rétrogaming se distingue par ses jeux en pixel art et ses aventures en 2D, son public demeure relativement restreint, voire confidentiel. Cette particularité le distingue nettement des remasters, qui représentent des productions de grande envergure, soutenues par des campagnes marketing d’envergure. Parallèlement au rétrogaming, de nouveaux formats ont émergé, notamment les remasters qui améliorent la qualité graphique des jeux en haute définition, ainsi que les remakes qui vont au-delà du simple lifting pour recréer entièrement un jeu.

Les éditeurs de jeux vidéo ont rapidement saisi les multiples avantages de ces pratiques, réduisant ainsi les coûts de production tout en minimisant les risques grâce à un public déjà établi. Selon Olivier Mauco, l’esthétique des jeux vidéo est profondément conditionnée par les avancées techniques, ce qui explique la nécessité de remettre au goût du jour les graphismes ou même de repenser entièrement un jeu et son gameplay. Les remakes génèrent invariablement un engouement au sein de la base de fans, garantissant ainsi un succès certain, tout en attirant de nouveaux publics, en particulier les jeunes joueurs.
Néanmoins, cet engouement lié à la nostalgie ne s’applique qu’aux jeux cultes, auxquels le public voue une affection profonde. Depuis 2004, cette tendance s’est amplifiée, culminant en 2023 avec trois remakes parmi les dix jeux les plus rentables de l’année, dont notamment des icônes du jeu vidéo telles que Resident Evil 4, Dead Space et Metroid Prime: Remastered, qui renforcent l’emprise intemporelle de la nostalgie sur les joueurs.

Quant à un des autres énormes succès de l’année 2023, Baldur’s Gate III , il s’agit de la suite d’un jeu vidéo dont le dernier opus est sorti il y a plus de deux décennies. “Sortir un nouvel épisode près de 20 ans plus tard, c’est incroyable”, assure Olivier Mauco. “Pendant très longtemps, il y a eu des versions améliorées des opus précédents. Quelque part, cela permet aussi d’asseoir une base, de la maintenir, de partager un jeu qui finalement était peu démodable, grâce à des petits liftings graphiques. Et 20 ans après, de sortir le jeu de l’année !”
En proposant des remasters de Baldur’s Gate I & II, et en constatant qu’il existait toujours un public, les possesseurs de la licence ont aussi pu s’assurer que l’intérêt pour la franchise était toujours bien présent, et donc faire le pari d’un nouvel opus.

Un effet démographique
« Les industries savent exactement qui sont leurs plus fidèles consommateurs, et elles manipulent habilement la nostalgie pour réengager les joueurs de la vieille garde”, déclare Vincent Berry, un maître de conférences en sociologie du jeu à l’Université Sorbonne Paris Nord et chercheur au laboratoire EXPERICE. Les éditeurs de jeux vidéo peuvent s’appuyer sur un fait simpliste pour vendre leurs produits : la population des joueurs vieillit. Selon une étude du SELL, le Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisirs, l’âge moyen du joueur français est désormais de 40 ans.
« Le jeu vidéo est l’un des derniers bastions de l’industrie culturelle, forte de plus de 50 ans d’existence”, affirme Vincent Berry. “Nous assistons à l’effet marquant d’une génération ayant grandi avec les jeux vidéo, un phénomène observé de manière généralisée dans d’autres domaines culturels. Cette dynamique peut sembler récente, mais elle découle du statut relativement récent de l’industrie du jeu vidéo. Les secteurs du cinéma et de la musique opèrent de la même manière depuis des décennies”.

Difficile, dès lors, de se priver d’un levier qui permet de s’adresser directement aux joueurs vétérans. Que l’on sorte la suite d’un jeu ou son remake 20 ans plus tard, s’appuyer sur la nostalgie est devenu, pour les éditeurs, un moyen de manipuler un public adulte… tout en continuant d’endoctriner un public plus jeune, désireux de (re)découvrir des licences cultes.
“La nostalgie est une stratégie des industries culturelles, et en même temps c’est aussi une des manières que les joueurs, les consommateurs, ont d’interpréter et de consommer les contenus”, abonde Quentin Gervasoni, doctorant en sciences de l’éducation. “Avant, la nostalgie était considérée comme une espèce de regret, de recherche d’un passé perdu, etc. Aujourd’hui, c’est devenu une marque identitaire et collective. Des personnes vont même jusqu’à exprimer de la nostalgie pour des jeux qui datent d’un an à peine. Il y a une forme d’accélération de la nostalgie…”

Un média proche du cinéma
« Avec le vieillissement de sa population, le jeu vidéo connaît les mêmes enjeux que la télévision ou que le cinéma, assure Vincent Berry. Le secteur du jeu vidéo a atteint une taille critique dans le secteur des loisirs, ça n’a donc rien d’étonnant qu’il connaisse des évolutions identiques à celles des autres industries culturelles. »
Les éditeurs de jeux vidéo font donc volontiers appel aux concepts de franchises ou de séries, empruntés au cinéma, connu pour maintenir « captifs » les amateurs de certains univers. Il est logique de créer ses propres références et des propriétés intellectuelles fortes, affirme Olivier Mauco. Si vous avez une marque comme GTA, Final Fantasy ou encore The Last of Us, il devient possible de créer des variantes autour de ces licences, comme c’est le cas au cinéma pour Star Wars ou Marvel. C’est d’ailleurs la tendance globale dans l’industrie du contenu. Il faut bien garder en tête la notion d’univers : par exemple The Last of Us a proposé un remaster, un remake, et puis finalement une série télévisée. Grâce à cela, il y a une véritable transmédialité du jeu vidéo.

Une industrie enfin légitime ?
_Il n’est pas seulement question de marketing, mais l’appel à la nostalgie ne trahirait-il pas, au fond, une industrie du jeu vidéo en mal de reconnaissance, désireuse de se positionner en tant qu’industrie mature, loin des débats sur sa légitimité ? Selon Vincent Berry, « On constate que le jeu vidéo est aujourd’hui perçu à l’instar de la littérature ou du cinéma ». Il ajoute : « La question de la légitimité demeure partiale : certains types de médias sont valorisés au détriment d’autres. On en vient même à définir ce qui constitue un bon jeu vidéo par opposition à un mauvais. Cette industrie connaît en partie les débats autour de sa valeur culturelle, tout comme d’autres industries culturelles l’ont connu par le passé. Par exemple, bien que largement pratiqué, Candy Crush ne sera pas largement valorisé. En revanche, des jeux comme Papers, Please seront évoqués, mettant en avant leur intérêt et leur dimension politique, malgré un nombre restreint de joueurs. Finalement, la légitimité est également un champ de bataille et de débat. »
Olivier Mauco souligne que cet appel à la nostalgie revêt également une dimension symbolique alors que l’industrie du jeu vidéo commence à écrire son histoire : « C’est un moment intéressant pour l’industrie, qui cherche à obtenir ses lettres de noblesse, à affirmer un savoir-faire, en affirmant qu’il n’est pas besoin de réinventer la roue à chaque fois. Il est légitime de s’inspirer de ce qui a déjà été élaboré, car de belles choses ont déjà été accomplies par le passé ».

Conclusion:
Le jeu vidéo atteint un stade de maturité où il peine à décider s’il doit se tourner vers d’anciennes gloires pour éviter de prendre des risques, comme le montre la liste des remakes prévus pour 2024 ou les projets revenant à leur gameplay d’origine. Que ce soit Silent Hill, Metal Gear Solid Delta, pour n’en citer que quelques-uns, on observe clairement une banalisation du remake dans le jeu vidéo. Pour ceux qui préfèrent les concepts originaux, la scène indépendante offre toujours des jeux tels que Celeste, Outer Wilds, The Messenger, Palworld, susceptibles de les ravir.
Maintenant, il est important de voir si l’effet de nostalgie ne risque pas de se transformer en saturation pour les joueurs.

Faire un don
Make a monthly donation
Make a yearly donation
Choisir un montant
Ou saisissez un montant personnalisé :
Your contribution is appreciated.
Your contribution is appreciated.
Your contribution is appreciated.
DonateDonate monthlyDonate yearly
Faire un don
5,00 €

Laisser un commentaire