Mon épitaphe (The Arrs 2012)

Published on

dans

Ok, on sort les gants de boxe et la pelle, parce que « Mon Épitaphe » de The ARRS, c’est pas une balade pour chanter au coin du feu. Ici, on parle d’un groupe français qui a décidé que l’option poème funéraire devait se jouer à grands coups de riffs massifs et de hurlements qui réveilleraient même les morts de Père Lachaise. Imagine un enterrement, mais au lieu du prêtre qui récite calmement, t’as un chanteur hardcore qui te gueule tes quatre vérités pendant que la guitare s’occupe de creuser la tombe plus vite qu’une pelleteuse. Bref, si tu pensais que ton épitaphe serait gravée sobrement dans le marbre, The ARRS te propose plutôt de la graver en double pédale et en breakdowns. 💀🎸

Publicités

Ici repose “Mon Épitaphe” – Analyse décalée du morceau de The Arrs

1. Présentation du groupe The Arrs

The Arrs n’est pas le nom d’une confrérie d’archivistes ou d’une secte de fans d’Arras, mais bel et bien celui d’un groupe de metal hardcore français formé à Paris en 1998. D’ailleurs, leur nom cache un acronyme plutôt insolite : The Alien’s Right Respect Sect (oui, « la secte du respect du droit des aliens », rien que ça). Avec un patronyme pareil, on comprend vite que ces Parisiens n’ont jamais eu peur d’être à part. Leur style mélange metalcore, hardcore et une pincée de death metal, le tout chanté en français d’une voix caverneuse. Depuis leurs débuts, The Arrs s’est forgé la réputation de distribuer des mandales sonores tout en portant haut les couleurs du metal francophone. Dans un milieu où beaucoup de groupes français choisissent l’anglais, eux ont décidé de rugir dans la langue de Molière, ce qui leur confère une identité unique et une sacrée puissance d’expression.

Dès le milieu des années 2000, The Arrs s’impose comme un acteur majeur de la scène metal française. Leur premier album …Et la douleur est la même (2005) frappe un grand coup : un metalcore brutal et sincère qui leur vaut une reconnaissance immédiate. Le public répond présent, et le groupe enchaîne les concerts à travers l’Hexagone et même au-delà (une centaine de dates à travers l’Europe, rien que ça). Ils partagent l’affiche avec des pointures internationales telles que Killswitch Engage, Sick Of It All ou Meshuggah, et montent sur la scène de festivals prestigieux comme le Furyfest en 2005 ou le Hellfest en 2007. Autant dire que The Arrs s’est vite fait un nom : celui de fer de lance du metal hardcore hexagonal. Dans le petit monde du metal français, on les considère bientôt comme les patrons du genre, capables de rivaliser avec les formations américaines tout en gardant cette touche bien de chez nous.

Au fil des albums, le groupe évolue sans renier son ADN musclé. Trinité (2007), leur deuxième opus, poursuit sur la lancée en abordant des thématiques quasi bibliques avec un son toujours aussi massif (mention spéciale à une basse étonnamment mise en avant, qui a surpris plus d’un fan). En 2009, Héros/Assassin vient enfoncer le clou et asseoir The Arrs comme référence du metalcore français, confirmant que le groupe ne faiblit pas et sait affiner sa formule. Leurs textes sombres et engagés, souvent empreints de réflexions sur la religion ou la condition humaine, deviennent une marque de fabrique, tout comme leurs concerts survoltés qui laissent le public exsangue mais conquis. Après un DVD live en 2010 pour immortaliser leurs performances scéniques dévastatrices, The Arrs est prêt à passer un cap supplémentaire.

L’histoire du groupe prend un tournant en 2012. Après des années de line-up stable, deux membres fondateurs quittent le navire. Qu’à cela ne tienne : Nico (chant), Pierre (guitare) et Toki (batterie) accueillent du sang neuf avec Stefo à la guitare et Phil à la basse. Cette nouvelle mouture du groupe, revigorée, s’attelle aussitôt à l’écriture d’un quatrième album plus violent et plus sombre que jamais. En parallèle, The Arrs rafraîchit son image avec un nouveau logo et une identité visuelle retravaillée. Beaucoup y verront un véritable renouveau artistique – le groupe lui-même semble considérer ce chapitre comme le début d’une seconde vie. Spoiler alert : ils n’avaient pas tort, car ce quatrième album va s’imposer comme l’apogée de leur discographie… avant le chant du cygne. En effet, après un ultime cinquième album (Khrónos, 2015) et une tournée d’adieu en 2017, The Arrs tirera sa révérence, non sans laisser derrière lui une scène metal française marquée au fer rouge.

2. Le contexte de création de la chanson « Mon Épitaphe »

Bienvenue en 2012 : l’année où certains prévoyaient la fin du monde (coucou le calendrier Maya), mais où The Arrs a surtout prévu de nous décrocher la mâchoire. C’est dans ce contexte qu’est né « Mon Épitaphe », morceau-clé de l’album Soleil Noir. Enregistrée durant l’été 2012 pour figurer en bonne place sur ce quatrième opus, la chanson sort officiellement à l’automne de la même année. Soleil Noir voit le jour le 15 octobre 2012, et « Mon Épitaphe » est dévoilé en avant-première quelques semaines plus tôt avec un clip percutant. Autant dire que pour les fans, la rentrée 2012 a un goût de metal en fusion.

Au niveau du groupe, 2012 est une période charnière. Comme on l’a vu, deux nouveaux musiciens ont rejoint la bande, insufflant une énergie neuve et une certaine rage revigorée. The Arrs aborde alors une nouvelle phase de sa carrière, avec l’envie de frapper plus fort et plus juste. « Mon Épitaphe » naît dans cette effervescence créative, porté par l’urgence de prouver que, plus d’une décennie après ses débuts, The Arrs peut encore se réinventer et tutoyer les sommets. Le ton général de Soleil Noir est annoncé comme plus sombre, plus violent et plus abouti que tout ce qu’ils ont fait auparavant – un programme alléchant pour les amateurs de sensations fortes. On est en plein dans une époque où le metalcore a conquis une large audience internationale, et The Arrs semble prêt à montrer que la France n’a rien à envier aux Yankees en la matière. D’ailleurs, certains observateurs de l’époque murmurent que cet album pourrait bien être celui de la consécration au-delà des frontières, tant il boxe dans la même catégorie que les grosses pointures internationales du genre.

L’ambiance de l’époque contribue aussi à donner à « Mon Épitaphe » une résonance particulière. En 2012, le climat est à la désillusion et à la colère pour beaucoup de jeunes – crise économique, défiance envers les institutions, mouvements des Indignés un peu partout… The Arrs canalise aussi cette frustration ambiante dans sa musique. Le titre de l’album, Soleil Noir, évoque une lumière qui n’éclaire plus, un espoir obscurci : tout un symbole. C’est dans ce monde post-crise et pré-apocalypse Maya que « Mon Épitaphe » voit le jour, comme un cri du cœur (ou de la tombe) de cinq musiciens bien décidés à laisser leur marque. Le morceau s’inscrit dans la lignée de la démarche du groupe : authentique, sans concession, empreint d’une intensité quasi dramatique. En somme, quand « Mon Épitaphe » sort, The Arrs est au sommet de son art et l’époque est propice à un titre aussi cathartique. La release party organisée dans un bar rock parisien fin 2012 attire d’ailleurs une foule compacte de chevelus venus headbanguer comme s’il n’y avait pas de lendemain – preuve que le morceau et l’album arrivent pile au bon moment.

Publicités

3. Analyse approfondie des paroles de « Mon Épitaphe »

Ne vous fiez pas à son titre un brin funèbre : « Mon Épitaphe » n’est pas une berceuse mélancolique murmurée au coin du feu, mais un véritable uppercut lyrical. Dès les premières lignes, le ton est donné par une série de questions rhétoriques percutantes : « Qui est mort ? Qui le pleure ? Mais qui en portera le deuil ? Qui en paiera les conséquences ? » Ces questions en rafale plongent l’auditeur au milieu d’un drame déjà consommé. On y parle de mort, de deuil, de conséquences et de culpabilité – bref, pas exactement les ingrédients d’une comptine pour enfants. En ouvrant la chanson sur ces interrogations, le groupe crée immédiatement une tension, une attente. Qui est ce « mort » dont on parle ? Quelque chose de grave s’est produit, et on pressent que la suite du morceau va nous en révéler la nature. C’est un procédé efficace pour happer l’attention : on est directement projeté dans le cœur du récit, comme si on entrait en plein milieu d’un film au moment critique.

Le thème central de « Mon Épitaphe » tourne autour de la mort et de ce qu’on laisse derrière soi – d’où l’image de l’épitaphe, ce texte gravé sur la tombe pour résumer une vie. Ici, l’épitaphe dont il est question semble être celle du narrateur lui-même. Les paroles dégagent l’impression que le chanteur (ou le personnage qu’il incarne) a commis l’irréparable, et qu’il en paie désormais le prix. Très vite, on comprend qu’il est autant bourreau que victime, pris dans un cycle de violence et de regrets. Des vers comme « Il reste la chair et les os. Des souvenirs. Qui est le bourreau ? » brouillent les pistes : on a un cadavre, des restes, mais qui a tué qui ? Le narrateur lui-même s’interroge sur sa responsabilité. On devine un acte violent, possiblement un meurtre, et la culpabilité qui en découle. Ce flou entretenu ajoute de la profondeur : la chanson ne raconte pas une histoire linéaire claire, elle exprime un tiraillement moral, un chaos intérieur où se mêlent la justification et le remords.

Un symbole puissant traverse le texte : celui de Caïn, le premier meurtrier biblique. « J’incline vers l’hérésie de Caïn », clame Nico avec rage. La référence à Caïn évoque le fratricide, le péché impardonnable. Parler d’« hérésie de Caïn », c’est comme avouer s’être laissé tenter par la pire des transgressions. Ce choix de mots, très fort, inscrit la chanson dans la tradition du metal qui puise volontiers dans l’imagerie biblique pour parler de faute et de châtiment. Ici, le narrateur se compare implicitement à Caïn – un type de comparaison qui en dit long sur la gravité de l’acte commis. Il s’agit d’une véritable damnation personnelle : « Mon supplice est éternel », hurle-t-il, comme si la sanction de son crime était une souffrance sans fin. On est en pleine tragédie : ce n’est plus seulement de la violence brute, c’est le drame d’une âme aux prises avec sa conscience.

Les figures de style utilisées renforcent l’intensité du propos. Le texte alterne entre des images crues, viscérales – « Briser ses os de mes mains mortes et froides » –, et des expressions quasi-poétiques – « Mon épitaphe, ma ligne de vie ». Cette dernière formule est particulièrement marquante : associer l’épitaphe (donc la mort) à la « ligne de vie » (donc la destinée, la force vitale), c’est créer un paradoxe poignant. Cela suggère que tout ce qui définira la vie du narrateur, c’est justement la façon dont il va mourir ou être rappelé après sa mort. Comme si son seul héritage, sa seule raison d’être, était dans cet acte extrême et sa conclusion fatale. D’ailleurs, il est question d’héritage explicitement : « Je lègue au monde, sans femme ni enfant, tout mon savoir, mon testament ». On ressent ici une immense solitude du personnage, qui n’a personne à qui transmettre autre chose que le récit de ses actes. C’est sombre, c’est tragique, et en même temps terriblement humain dans ce que ça porte de désespoir.

Émotionnellement, « Mon Épitaphe » est un roller-coaster. Le texte nous fait passer par la colère, la détresse, le repentir. Un vers comme « À qui la faute ? Pardonnez-moi. » répété dans la chanson montre le déchirement du narrateur : tantôt il cherche un coupable extérieur, tantôt il implore le pardon. On sent la rage dans des passages comme « Le mal est fait, je le regarde en face », où le personnage fait face à son crime sans détour, presque avec défi. Puis, la détresse reprend le dessus : « Ce jour est là et la douleur se joue de moi » – le voilà brisé, conscient que sa souffrance est inéluctable et que son destin lui échappe (« nos destins entre mes doigts » indique qu’il a eu le sort de quelqu’un entre les mains, littéralement). Le climax du texte survient quand le narrateur décrit la scène du meurtre : « J’ai vu le feu dans ses yeux, puis son regard vide, sans aveu. Je savoure cet instant funeste. » C’est glaçant. En quelques mots, on visualise la vie s’éteindre dans les yeux de la victime et le meurtrier qui, malgré son remords futur, admet avoir goûté à ce pouvoir de mort à l’instant fatidique. Il y a presque une jouissance coupable (« Le diable au corps, la mort me guette » révèle qu’il se sent possédé par une force maléfique et qu’il sait être condamné).

Sur la portée symbolique, « Mon Épitaphe » va au-delà du simple fait divers sanglant. La chanson parle aussi de sacrifice et de protection des siens : « Par ce sacrifice, protège les miens », entend-on. Le narrateur justifie son geste comme un mal nécessaire « au nom des nôtres ». On peut y voir le thème de la vengeance ou de la justice expéditive – tuer pour protéger sa famille ou son clan, quitte à en être damné. C’est un motif fréquent dans le metal hardcore de mettre en scène ce dilemme moral : jusqu’où est-on prêt à aller pour défendre ceux qu’on aime, et comment vivre ensuite avec l’horreur de ses propres actes ? « Mon Épitaphe » pose cette question de manière brutale et frontale. Le morceau entier ressemble à une confession écrite avec du sang, celle d’un homme qui sait que son nom restera à jamais entaché et qui grave lui-même son épitaphe en guise d’aveu et d’expiation.

Pour couronner le tout, il faut souligner que la musique de The Arrs vient parfaitement soutenir ces paroles. Sur album, « Mon Épitaphe » se distingue en effet par des moments plus posés, presque mélodiques, au milieu de la tempête de riffs. À l’image du texte qui oscille entre rage et supplication, la composition alterne passages ultra agressifs et accalmies chargées d’émotion. Le chanteur Nico, habituellement adepte du scream puissant, laisse ici percer une facette plus vulnérable de sa voix. D’ailleurs, c’est l’un des rares titres où il se permet du chant clair (eh oui, entre deux hurlements gutturaux, un chant presque doux vient hanter l’auditeur). Cette dualité vocale renforce le propos : lorsqu’il crache « J’incline vers l’hérésie de Caïn » on ressent toute la fureur du personnage, et quand sa voix se fait plus limpide pour murmurer « Pardonnez-moi », on perçoit l’homme brisé derrière le monstre. Les figures de style du texte trouvent ainsi un écho sonore : la violence des riffs répond aux images de « os brisés » et de « diable au corps », tandis que les mélodies plus mélancoliques soulignent l’aspect tragique et la demande de pardon. Au final, l’analyse des paroles de « Mon Épitaphe » révèle un morceau d’une grande richesse narrative et émotionnelle, qui, sous couvert de brutalité, aborde des thèmes universels comme la faute, la rédemption et la trace que l’on laisse après la mort. Du costaud, du poignant, bref du The Arrs pur jus.

4. Analyse du clip vidéo officiel de « Mon Épitaphe »

Si les paroles de « Mon Épitaphe » vous ont filé des frissons, attendez de voir le clip vidéo – à ne pas regarder juste avant d’aller dormir, sous peine de cauchemarder un peu. Réalisé par Ronan Lagadec (un habitué des courts-métrages musicaux musclés), le clip traduit en images toute la noirceur et la violence du morceau. L’esthétique générale est à l’avenant : sombre, froide, avec des teintes bleutées et grisâtres qui plantent un décor lugubre. On est loin de la vidéo feel-good à la plage ; ici, le terrain de jeu, c’est plutôt un entrepôt abandonné ou une cave poussiéreuse, un de ces lieux oubliés qui suintent le malaise. L’ambiance visuelle rappelle un peu celle d’un film d’horreur ou d’un thriller bien glauque, ce qui cadre parfaitement avec le sujet de la chanson.

Le scénario du clip alterne habilement entre des plans du groupe en plein action et une intrigue dramatique mettant en scène un personnage anonyme. Côté performance, on voit les membres de The Arrs en train de jouer « Mon Épitaphe » avec une intensité féroce. Lumières stroboscopiques, caméra secouée qui cadre de près la sueur sur le visage de Nico hurlant dans son micro, guitares brandies comme des armes – la réalisation fait tout pour retranscrire l’énergie brute du groupe. On a presque mal pour leurs cervicales tant les musiciens headbanguent comme si leur vie en dépendait. Ces plans de performance donnent au clip une dimension live très percutante : on ressent la puissance sonore en images, chaque coup de double pédale fait trembler l’écran, chaque break down rime avec un changement de plan saccadé. C’est nerveux, c’est sans concession, exactement comme la musique de The Arrs.

Parallèlement, le clip raconte une histoire en filigrane, inspirée par les paroles. On y voit un homme tourmenté, le regard hanté, qui semble lutter avec ses démons intérieurs. À mesure que la chanson progresse, les images deviennent de plus en plus explicites : cet homme apparaît couvert de sang, ses poings serrés et tremblants laissent deviner qu’il vient de commettre l’irréparable. Une scène marquante le montre agenouillé dans une pièce éclairée par une faible lueur blafarde, face à un corps inanimé. On ne nous montre pas tout directement (le clip reste dans le suggestif, pour ne pas sombrer dans le gore gratuit), mais quelques détails suffisent – une mare de sang, un visage sans vie, et l’expression de choc du protagoniste. La réalisation joue beaucoup sur des plans rapides et une caméra parfois subjective, comme pour nous mettre dans la tête du personnage. On voit des flashs de son acte violent, puis son visage ravagé par la culpabilité. Ces allers-retours entre la violence passée et le présent lourd de conséquences font écho au texte qui, lui aussi, oscillait entre l’acte et le remords.

D’un point de vue symbolique, le clip de « Mon Épitaphe » regorge de petites trouvailles visuelles. Par exemple, on aperçoit à un moment le protagoniste en train de graver frénétiquement quelque chose sur un mur ou sur une plaque – serait-ce justement son épitaphe qu’il écrit, comme pour s’accuser lui-même ? L’image est fugace, mais elle frappe l’imagination : on dirait un homme qui inscrit son propre jugement, conscient que sa fin est proche. On retrouve aussi l’idée du sacrifice : dans une autre séquence, le personnage dépose une photo de proches (peut-être sa famille) sur ce qui ressemble à un autel improvisé, avant de s’effondrer en larmes. Ce geste rappelle le vers « Au nom des nôtres, protège les miens » – il a peut-être commis son crime pour eux, et cette scène suggère qu’il en paye maintenant le prix en perdant son âme. Le montage du clip s’emballe complètement sur la fin de la chanson : quand Nico hurle « Pardonnez-moi », l’écran clignote entre le visage du chanteur déformé par l’émotion et celui du personnage principal, les yeux levés au ciel comme en quête de rédemption. On a littéralement les deux en parallèle : l’artiste qui exprime la douleur à travers la musique, et le personnage fictif qui la vit dans sa chair. Effet garanti.

Visuellement, le réalisateur ne nous épargne pas les images chocs, mais sans tomber dans le piège du ridicule. La mise en scène est crue, réaliste – on est plus proche d’un court-métrage sombre que d’un clip m’as-tu-vu. Les maquillages, assurés par une équipe de spécialistes, rendent très bien l’aspect « sortie de combat » : le personnage a le visage tuméfié, les mains couvertes de ce qui ressemble fort à du sang (on se doute que ce n’est pas de la peinture à l’eau vu le contexte), tandis que l’éclairage dur fait ressortir chaque goutte de sueur et de sang. The Arrs n’a pas cherché à faire dans la finesse visuelle : c’est brutal, viscéral, à l’image de leur son. Cependant, on sent une vraie réflexion pour coller au thème : par exemple, l’utilisation de chaînes en arrière-plan ou d’éléments de décor délabrés donne l’impression d’une prison mentale, celle dans laquelle le protagoniste s’est lui-même enfermé par son acte. Chaque détail du clip renforce l’atmosphère suffocante de la chanson.

En fin de compte, le clip de « Mon Épitaphe » réussit le pari de mettre en image la musique de façon percutante. On en ressort un peu secoué, exactement comme après avoir écouté la chanson à fond les ballons. La violence du propos y est retranscrite sans filtre, mais non sans une certaine esthétique : c’est sombrement beau, dans le genre cathartique. À noter que ce clip s’inscrit dans une trilogie de vidéos extraites de Soleil Noir, aux côtés de « L’Âme la plus noire » et « Du berceau à la tombe ». Chacune explore des thèmes liés (la mort, la colère, la destinée), et toutes trois partagent cette patte visuelle sombre assurée par le collectif de réalisation du groupe. Avec « Mon Épitaphe », The Arrs offre donc non seulement une expérience auditive intense, mais aussi une expérience visuelle à la hauteur – de quoi combler les fans de metal qui aiment quand ça cogne aussi fort dans les yeux que dans les oreilles.

Publicités

5. L’album Soleil Noir en bref

« Mon Épitaphe » n’est qu’un chapitre de l’histoire plus vaste que raconte Soleil Noir, l’album dont il est issu. Sorti en octobre 2012, Soleil Noir est le quatrième album studio de The Arrs, et il marque un sommet dans la carrière du groupe. Dès sa pochette (un artwork apocalyptique aux teintes sombres) et son titre oxymorique, le ton est donné : on va explorer le côté obscur. L’album propose 11 titres pour environ 42 minutes de chaos maîtrisé. Le style global est un metal hardcore puissant, sombre, incisif, mâtiné de passages death metal et même de quelques respirations mélodiques bienvenues. C’est une œuvre homogène dans sa noirceur, qui pourtant parvient à renouveler l’attention de l’auditeur grâce à des compositions variées dans les ambiances (tantôt ultra-frontales, tantôt plus introspectives). La chanson « Du berceau à la tombe » ouvre l’album en posant un décor post-mortem, comme un testament dès la naissance, ce qui est plutôt culotté et philosophique à la fois. On chemine ensuite à travers des morceaux qui forment autant d’étapes d’une descente aux enfers délicieusement cathartique.

Sur Soleil Noir, The Arrs aborde des thèmes lourds avec sincérité et hargne. On y parle de la part d’ombre en chacun (« L’Âme la plus noire »), de la violence du monde (« Le Triomphe de la mort »), de folie (« Paranoïa »), de la fin inéluctable (« 1781 » pourrait faire allusion à une date fatidique, tandis que « Décembre acide » a un petit goût de fin d’année amère). Le groupe se fend même d’un titre engagé socialement avec « Authentiques Indignés », qui clôt l’album sur une note de révolte contre les injustices de la société moderne. Mais loin d’être un fourre-tout, tout est relié par la même colère froide et la même intensité. « Mon Épitaphe », au milieu de la tracklist, apparaît comme le cœur émotionnel de l’album – une sorte de climax dramatique avant la dernière ligne droite. L’album entier est d’ailleurs construit un peu comme un concept implicite autour de la vie, la mort et la souffrance humaine. Soleil Noir réussit à être à la fois ultra-direct (ça tabasse sévère dès que ça démarre) et réfléchi dans son propos.

La réception critique de Soleil Noir a été excellente. Dans la presse metal spécialisée, on a salué un disque « plus abouti » et « plus mature » que les précédents. Les webzines français n’ont pas tari d’éloges, soulignant la qualité de production digne des groupes américains, la cohérence de l’ensemble et la performance vocale de Nico, capable de passer du rugissement de démon à des intonations presque humaines sur certains refrains. Beaucoup ont qualifié Soleil Noir de meilleur album de The Arrs, tout simplement. On parle d’un 8,5/10 par-ci, d’un 17/20 par-là – bref, les scores frisent l’excellence. Au-delà des chiffres, c’est surtout l’impact qu’il a eu sur les fans qui est marquant. Soleil Noir a conquis autant les aficionados de la première heure (ravis de retrouver la rage du groupe intacte) que de nouveaux venus dans la sphère metal hardcore (attirés par le bouche-à-oreille d’un album coup de poing). En concert, les titres de Soleil Noir sont devenus des moments forts des setlists de The Arrs, avec le public scandant les paroles en français comme des hymnes. On peut dire que le pari du renouveau fut gagné : The Arrs a prouvé avec cet album qu’il faisait partie des grands, de ceux qui peuvent prétendre à une influence durable sur la scène metal française.

En résumé, Soleil Noir c’est l’alliance d’une puissance sonore implacable et d’une vraie profondeur thématique. Un album sombre comme la nuit, brûlant comme la passion, qui laisse une empreinte durable. Et au milieu de ce joyeux festin ténébreux, « Mon Épitaphe » se dresse comme une pierre tombale musicale d’une rare intensité. Un morceau qui résume bien l’esprit de l’album : brutal, sincère, tragique et cathartique. Si Soleil Noir était un film, ce serait un thriller dramatique sans happy end, mais dont on ressort étrangement revigoré. Car oui, écouter The Arrs, c’est un peu comme exorciser nos démons intérieurs en hurlant avec eux. Et « Mon Épitaphe » en est l’une des meilleures illustrations : une chanson qui nous rappelle que, même dans le noir complet, il y a une forme de lumière – fût-elle noire – pour guider nos émotions les plus extrêmes. Ici repose « Mon Épitaphe », et il mérite amplement qu’on se souvienne de lui dans l’histoire du metal français. Fin epitaphique.

Publicités

6. Conclusion:

Et voilà, Mon Épitaphe de The Arrs, c’est un peu comme si on écrivait son testament en screamant plus fort que sa perceuse un dimanche matin : ça fait mal, ça résonne, mais au moins tout le voisinage est au courant.
Entre riffs bulldozer et paroles qui sentent la fin du monde (ou au minimum la fin d’un contrôle de maths), on sort du morceau lessivé mais étrangement revigoré, comme après avoir crié sur un patron imaginaire sous la douche.

En gros, The Arrs nous rappellent que même quand tout part en vrille, on peut laisser derrière nous une épitaphe digne d’un Viking sous stéroïdes. Pas de fleurs, pas de discours chiant… juste un gros breakdown pour dire adieu avec panache.

👉 Moralité : si jamais on grave ta pierre tombale, demande juste qu’on y mette une double pédale.

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant

€5,00
€15,00
€100,00
€5,00
€15,00
€100,00
€5,00
€15,00
€100,00

Ou saisissez un montant personnalisé :


Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Le blog de Princessemonokéké

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture