
Dragon Ball GT, c’est un peu comme ce cousin éloigné qu’on n’invite pas toujours aux réunions de famille, mais qui arrive quand même, sourire aux lèvres et Dragon Radar en main. L’anime débarque après Dragon Ball Z avec une idée simple : “Et si on prenait Son Goku… et qu’on le rétrécissait ?” Résultat : un héros transformé en taille enfant, un empire galactique qui n’a toujours pas appris à laisser la Terre tranquille, et des Dragon Balls qui provoquent des catastrophes encore plus vite qu’un souhait mal formulé à Shenron un vendredi soir.
GT, c’est l’expérience où tout le monde a voulu tenter quelque chose de nouveau : de nouvelles planètes, de nouvelles transformations, et Baby qui porte sans doute le nom le moins intimidant de tous les antagonistes majeurs. Pourtant, entre deux éclats de rire et trois décisions scénaristiques discutables, l’anime réussit à offrir des moments épiques, des combats survoltés, et l’un des génériques les plus puissants de l’histoire de la franchise. Bref, Dragon Ball GT, c’est un peu comme une pizza hawaïenne : certains l’adorent, d’autres la regardent en coin… mais personne ne peut nier que ça reste un plaisir coupable.
Animation et production de la série
Direction artistique et style visuel : Sur le plan esthétique, Dragon Ball GT prolonge l’ère Dragon Ball Z des années 90 tout en apportant quelques touches distinctives. Le character design a été assuré par Katsuyoshi Nakatsuru, un animateur de Toei, qui a conçu l’apparence de la plupart des protagonistes et nouveaux ennemis d’après les esquisses initiales de Toriyama. Visuellement, GT se veut cohérent avec DBZ : les personnages conservent des traits familiers, et l’animation repose sur les mêmes techniques traditionnelles (celluloïd) de l’époque. Toutefois, l’absence de “filler” (puisque l’histoire est originale et condensée en 64 épisodes) a permis d’éviter certaines baisses de qualité flagrantes qu’on voyait parfois dans DBZ. L’ensemble de la série affiche ainsi un niveau de dessin constant, sans doute même plus homogène que DBZ qui avait connu des fluctuations dues à sa longue durée.
GT offre également un éventail de décors variés grâce à son intrigue galactique : planètes exotiques, cités futuristes, contrées désolées… Les premiers épisodes nous font voyager de mondes en mondes (Iméga, Monmaasu, Rudeeze, M-2, etc.), ce qui renouvelle régulièrement l’atmosphère visuelle. Les animateurs ont pu donner libre cours à leur imagination, créant par exemple une planète peuplée de géants ou un monde aride à la chaleur extrême, exploitant ces environnements dans les scènes d’action. Cette diversité rappelle que GT cherchait à raviver la fibre aventure du Dragon Ball originel. Plus tard, quand l’action se recentre sur la Terre, l’esthétique oscille entre le futuriste (la Terre version Baby avec son ciel rouge oppressant) et le post-apocalyptique (les villes en ruines lors du combat final). Ces choix de couleurs et de décors renforcent le sentiment d’urgence et de gravité dans la seconde moitié de la série.

En termes d’animation pure, GT est correctement réalisé selon les standards de 1996-97, sans pour autant atteindre les pics d’intensité qu’avait pu avoir DBZ dans ses meilleurs combats. On note tout de même quelques séquences bien animées – par exemple la transformation de Goku en Super Saiyan 4 bénéficie d’un soin particulier, tout comme certains affrontements contre Baby ou Li Shenron où le dynamisme des coups est au rendez-vous. La mise en scène, assurée par le réalisateur Osamu Kasai, reste classique mais efficace, privilégiant des plans lisibles et une action fluide. Kasai était le réalisateur principal de la série, épaulé par d’autres directeurs d’épisode et animateurs clé issus de Toei Animation (on compte parmi eux des vétérans de DBZ comme Tadayoshi Yamamuro ou Mitsuo Hashimoto). Globalement, si GT n’innove pas techniquement, elle offre une qualité visuelle honorable pour son époque, comparable à la fin de DBZ. Certains fans estiment même que le dessin dans GT était plus détaillé par moments, là où DBZ pouvait paraître inégal. Cependant, la série n’a pas eu assez d’épisodes pour véritablement pousser l’animation dans ses retranchements, et son budget plus modeste transparaît dans le nombre assez réduit de grands tableaux visuels (peu de combats s’étalant sur de multiples épisodes comme contre Freezer ou Buu autrefois).
Évolution visuelle sur 64 épisodes : Fait intéressant, GT adopte une tonalité visuelle de plus en plus sombre à mesure que l’histoire avance. Les premiers épisodes sont colorés, lumineux et richement variés (forêts extraterrestres, villages aliens bigarrés), traduisant l’ambiance légère de l’exploration. Après l’arc Baby – qui lui-même apporte une palette de couleurs plus rougeoyantes et inquiétantes lors de la possession de la Terre – l’arc Super 17 et surtout l’arc des Dragons montrent une Terre ravagée, un ciel souvent obscurci par la poussière ou l’énergie maléfique. Cette gradation visuelle accompagne la montée des enjeux dramatiques. On peut dire que GT gagne en intensité visuelle sur la fin, culminant dans un épisode 64 très symbolique où l’animation se fait volontairement plus nostalgique (on revoit en flashback des moments de toute la saga, avec un filtre vaporeux). Ce dernier épisode a d’ailleurs été salué pour son émotion et sa réalisation soignée, contrastant avec l’accueil mitigé du reste de la série. En somme, l’évolution visuelle de GT va de pair avec son évolution de ton – du fun coloré vers du dramatique crépusculaire.

Musique et bande-son : Un aspect souvent apprécié de GT est sa bande sonore. La musique a été composée par Akihito Tokunaga, succédant au légendaire Shunsuke Kikuchi (compositeur de DBZ. Tokunaga propose un style différent, mêlant des pistes orchestrales épiques à des sonorités plus modernes de l’époque (guitare électrique, synthé). Le générique japonais « Dan Dan Kokoro Hikareteku » du groupe Field of View est devenu culte pour de nombreux fans, grâce à sa mélodie pop-rock nostalgique. Plusieurs thèmes internes à la série ressortent, par exemple le thème émouvant joué lors de l’attaque finale de Goku contre Li Shenron – ce morceau poignant a été cité comme “palme d’or” de la bande-son par un fan, tant il magnifie la scène. De manière générale, l’OST de GT réussit à installer tantôt l’atmosphère légère d’aventure, tantôt la gravité des combats décisifs, et contribue à l’identité de la série. Du côté du doublage, on retrouve la plupart des comédiens japonais originaux (Masako Nozawa en Goku, etc.), ce qui assure une continuité vocale appréciable. Néanmoins, certains seiyuu vieillissants (par exemple la voix de Bulma, Hiromi Tsuru, à qui l’article Booska-P rend hommage) apportent malgré eux une tonalité un peu différente – un effet inévitable avec le temps. Les versions françaises et anglaises de GT ont connu des issues particulières (la version US de Funimation ayant même remonté les épisodes en commençant par l’arc Baby, reléguant les 16 premiers en “Lost Episodes”), mais cela sort du cadre de notre analyse. Retenons simplement que la production sonore de GT a été soignée, avec une volonté de donner une teinte plus moderne et « nostalgique-années 90 » à cet opus de fin de siècle.
Contexte et intentions de production : Dragon Ball GT est né dans un contexte délicat : en 1995, Akira Toriyama venait de conclure le manga Dragon Ball et Toei Animation terminait la diffusion de DBZ. Plutôt que de laisser la poule aux œufs d’or s’envoler, Toei a décidé de produire une suite exclusive en anime, sans base manga – une première pour la franchise. Toriyama, épuisé par des années de publication, a pris du recul. Selon les sources officielles, son rôle sur GT s’est limité à celui de consultant créatif : il a validé l’orientation générale du projet et fourni quelques idées initiales. C’est à lui qu’on doit le titre “GT” (pour Grand Tour, c’est-à-dire « grand voyage ») ainsi que le concept du périple spatial (« road movie à travers l’espace » que l’équipe Toei a interprété à partir du sigle GT). Toriyama a dessiné des prototypes pour les nouveaux designs des personnages principaux (le Goku enfant, Pan, Trunks version GT), du robot Giru et de la Grand Tour Spaceship (vaisseau spatial). Il a même réalisé quelques illustrations couleur destinées à la promotion, par exemple des dessins de Goku/Trunks/Pan sur différentes planètes, ainsi qu’une illustration spéciale de Goku Super Saiyan 4 pour le coffret DVD Dragon Box GT. En revanche, il n’a écrit aucun scénario : l’écriture des 64 épisodes est l’œuvre de scénaristes de Toei (Atsushi Maekawa, Aya Matsui, etc.). Toriyama, crédité symboliquement comme “auteur original” dans le générique de fin, n’était pas impliqué au jour le jour dans la production. Cette distance explique en partie les différences de ton et de continuité avec le reste de la saga.
Sans la supervision étroite du créateur, Toei a donc pris des libertés et tenté de concilier plusieurs attentes. L’intention initiale – confirmée par le staff – était de « revenir aux fondamentaux de Dragon Ball – l’humour et l’aventure – tout en gardant le côté épique de DBZ ». Autrement dit, GT voulait plaire à la fois aux nostalgiques de la première série et aux fans de baston de la seconde, en mélangeant les deux styles. Le début de la série reflète cette intention : on y voit beaucoup de comédie, des clins d’œil au Dragon Ball d’origine (Pan rappelant un peu Bulma ou même le jeune Goku par son caractère), tout en promettant des combats cosmiques. Cependant, très vite, les impératifs du public se sont fait sentir. Les retours des spectateurs et les audiences ont poussé l’équipe à réorienter la série en cours de route : Kozo Morishita, le producteur, a admis que les créateurs (et le public) se sont lassés du ton comique initial sans Goku au premier plan. En effet, les jeunes téléspectateurs japonais semblaient moins captés lorsque Goku n’était pas la vedette active de l’action. « Quand Goku n’est pas le personnage principal, l’histoire devient instable… Les enfants regardent pour les personnages, il faut que Goku apparaisse », explique Morishita pour justifier le recentrage sur lui et sur des combats plus sérieux. Ainsi, à partir de l’arc Baby, GT renoue avec une formule proche de DBZ (ennemis surpuissants, transformations, affrontements prolongés) délaissant en partie l’esprit aventure légère du début. Ce changement de cap peut donner l’impression d’une série à deux visages, ce qui a pu dérouter le public.

Du point de vue commercial et audience, Dragon Ball GT n’a pas réédité l’exploit de DBZ. Diffusée de février 1996 à novembre 1997 sur Fuji TV, sans interruption (exactement une semaine après la fin de DBZ la série commençait), elle a affiché une audience moyenne de 14,6% au Japon, avec un maximum à 19,7% (épisode 2) et un minimum tombant à 9,6%. En comparaison, Dragon Ball Z tournait autour de 20–21% de parts de marché en moyenne. La baisse d’intérêt est donc réelle, notamment en milieu de série. D’ailleurs, l’épisode 21 (fin de l’arc des Dragon Balls Noires, introduction de Baby) enregistre la pire audience – signe que le public n’avait pas accroché à la première orientation de GT. La série a finalement été écourtée à 64 épisodes, ce qui est bien moins que les 291 épisodes de DBZ. Aucune raison officielle n’a été donnée pour cette fin rapide, mais on peut supposer que Toei a préféré conclure plutôt que d’insister face à l’érosion de l’audimat. Une rumeur infondée prétend que la série devait s’arrêter après l’arc Baby et qu’elle a été prolongée artificiellement jusqu’à 64 épisodes pour coïncider avec le lancement d’un jeu vidéo (Final Bout), mais rien ne le confirme. En tout cas, GT a clairement perdu beaucoup de suiveurs en cours de route et est souvent qualifié d’échec relatif, voire de flop, par rapport au phénomène planétaire qu’avait été Dragon Ball Z. À l’international, la réception a été similaire : curiosité au début (tout le monde voulait plus de DBZ) puis déception pour beaucoup. En France, où GT a été diffusé à la fin des années 1990, l’accueil des fans a oscillé entre plaisir de retrouver l’univers Dragon Ball et amertume devant la baisse de qualité perçue. Ce recul critique a incité Toei, des années plus tard, à repartir sur de nouvelles bases avec Dragon Ball Super en 2015, qui ignore les événements de GT et vise à « gommer les erreurs du passé » pour réhabiliter la franchise selon les dires de la presse.

Le scénario et les arcs narratifs
Structure générale : Dragon Ball GT se compose de quatre arcs principaux qui forment la trame de la série :
- Saga des Dragon Balls à Étoiles Noires (épisodes 1–16) – Pilaf utilise accidentellement les Dragon Balls “à étoiles noires” pour souhaiter Goku redevenu enfant. Ces Dragon Balls dispersées à travers l’espace menacent de faire exploser la Terre en un an si elles ne sont pas rassemblées. Goku (désormais sous forme d’enfant), sa petite-fille Pan et Trunks partent alors dans l’espace pour les retrouver. Cet arc adopte un ton aventureux et léger rappelant les débuts de Dragon Ball, avec des péripéties cosmiques et un humour bon enfant.
- Saga Baby (épisodes 17–40) – La quête spatiale prend une tournure plus dramatique lorsque Baby, un mutant survivant du peuple Tsuful, apparaît. Ce parasite cherche à se venger des Saiyans pour l’extermination de sa race et finit par posséder Vegeta et conquérir la Terre. Goku doit alors atteindre un nouveau pouvoir (le Super Saiyan 4) pour affronter Baby Vegeta. Cet arc, plus sombre, culmine avec la destruction de la Terre (évacuée in extremis) et la défaite de Baby, propulsé dans le soleil par Goku.
- Saga Super C-17 (épisodes 41–47) – Plus court, cet arc voit le Dr. Myuu s’allier au Dr. Gero pour créer un Super C-17 en fusionnant un Android 17 du passé avec son clone de l’Enfer. Cela ouvre une brèche vers l’Enfer, libérant d’anciens ennemis que les héros doivent affronter brièvement. Goku finit par vaincre Super C-17 avec l’aide de C-18, après une série de combats rapides où plusieurs méchants iconiques refont surface. Cet arc est souvent critiqué pour son côté expéditif et fan-service, enchaînant les duels sans profondeur.
- Saga des Dragons Maléfiques (épisodes 48–64) – Après la résurrection des victimes de Super C-17, un usage répété des Dragon Balls engendre un phénomène inédit : un Dragon Noir apparaît et se scinde en sept Dragons maléfiques, chacun né de l’énergie négative accumulée par un vœu passé. Goku (souvent accompagné de Pan) affronte ces sept dragons aux personnalités et pouvoirs variés pour sauver la Terre. Le dernier, Li Shenron (Syn/Omega Shenron), est le plus puissant et oblige Goku et Vegeta à fusionner en Gogeta Super Saiyan 4. Bien que Gogeta domine le combat, il s’amuse et laisse passer sa chance, contraignant Goku à détruire le dragon avec une ultime Super Ultra Genki-Dama. L’arc se conclut par l’apparition du vrai Shenron, qui emmène Goku avec lui – une fin empreinte de nostalgie où Goku disparaît aux côtés du dragon éternel après avoir réalisé un dernier vœu pour restaurer les dégâts. Des décennies plus tard, on voit Pan âgée assister à un tournoi où s’affrontent leurs arrière-petits-fils (Goku Jr. et Vegeta Jr.), symbolisant la relève.

Continuité et cohérence : Dragon Ball GT se déroule quelques années après la fin de DBZ (cinq ans après le 28ème Tenkaichi Budokai, dans la version originale). Il prolonge donc la chronologie initiale en reprenant des éléments laissés par Toriyama (Pan enfant, Oob entraîné par Goku) mais sans s’appuyer sur un manga préexistant. L’absence de support écrit et l’implication limitée de Toriyama ont conduit à certaines incohérences notables. Par exemple, la série pousse la « Goku-dépendance » à l’extrême : Goku reste un enfant pendant tout l’anime (même en Super Saiyan 3) mais redevient subitement adulte en SSJ4, un raccourci scénaristique que beaucoup ont trouvé arbitraire. De même, la menace d’explosion de la Terre à la fin de l’arc Baby est résolue de façon expéditive – la Terre est restaurée sans explication détaillée, ce qui laisse une impression de facilité scénaristique. Plus globalement, GT accumule les facilités et petites incohérences, même selon les standards déjà lâches de la saga (« DBGT s’illustre comme jamais par ses incohérences et ses facilités scénaristiques »). Malgré tout, certains fans notent que GT ne comporte pas plus d’inconsistances que ses prédécesseurs et respecte globalement la continuité de DBZ (hormis l’omission d’éléments introduits plus tard par Dragon Ball Super). Il est à noter qu’avec l’arrivée de Dragon Ball Super en 2015, qui raconte une histoire alternative post-DBZ, GT a été relégué au rang de chronologie parallèle ou de “grand side-story” selon les propres mots de Toriyama. En d’autres termes, GT est aujourd’hui considéré hors continuité officielle, ce qui n’enlève rien au fait qu’il ait tenté à l’époque de conclure la saga de manière cohérente avec l’héritage de DBZ.
Thématiques abordées : Un thème central de Dragon Ball GT est celui des conséquences des vœux et des actes passés. L’arc des Dragons maléfiques illustre l’idée que l’usage abusif des Dragon Balls – outil miracle fréquemment employé tout au long de DB/Z – finit par engendrer un revers dévastateur. Les sept dragons incarnent littéralement les énergies négatives accumulées : c’est une façon pour la série de faire payer aux héros le prix de leur dépendance aux souhaits magiques. De même, Baby est présenté comme le résultat des péchés des Saiyans (le génocide du peuple Tsuful) revenant hanter la nouvelle génération. Ces deux arcs développent une thématique plus mature de responsabilité et de rédemption : Goku et ses alliés doivent affronter les conséquences des actes de leurs ancêtres ou de leurs propres aventures passées, ce qui apporte une certaine profondeur à l’intrigue. Par ailleurs, GT explore le retour aux sources (du moins au début) avec l’esprit “road movie” aventureux. Le voyage galactique rappelle l’exploration et l’humour de la première série Dragon Ball, un choix délibéré des créateurs pour renouer avec la légèreté d’antan tout en mêlant de l’épique façon DBZ. On peut aussi discerner un sous-texte sur la transmission entre générations : Pan accompagne son grand-père et apprend de lui, Oob reçoit l’héritage du pouvoir de Buu, et la fin de la série montre la next-gen (Goku Jr./Vegeta Jr.) perpétuer la rivalité amicale de leurs aïeux. Toutefois, cette passation de flambeau reste inachevée dans GT, Goku demeurant l’incontestable sauveur jusqu’au bout. Enfin, le dernier épisode revêt une dimension thématique de quête accomplie et d’adieu : Goku part avec Shenron dans une sorte d’apothéose mystique, symbolisant la fin d’une ère. Le message peut être vu comme « il est temps pour le héros de se retirer », laissant le monde continuer sans lui – une conclusion audacieuse qui apporte une vraie finalité à la saga Dragon Ball.

Les personnages : protagonistes et antagonistes
Évolution des héros principaux : Dragon Ball GT remet en scène les figures bien connues de la saga en les faisant évoluer parfois à contre-courant des attentes des fans. Le cas de Goku est le plus frappant : redevenu enfant, il conserve son expérience mais retrouve une certaine insouciance. Ce choix scénaristique, bien qu’étrange, permet à Goku de redécouvrir le monde avec malice – il prend parfois ses adversaires à la légère, “joue” avec eux pour tester leurs limites avant de dévoiler sa pleine puissance. Cela reste cohérent avec l’esprit du personnage tel qu’on le connaît (Goku a toujours aimé mesurer la force de ses ennemis par curiosité). En revanche, la surexposition de Goku dans GT a été très critiquée : il occupe presque seul le devant de la scène, reléguant les autres guerriers au second plan. Cette “Goku-dépendance” atteint des records dans GT, au point que même des fans dévoués avouent s’être lassés de le voir résoudre toutes les situations. Il affronte quasiment seul chaque ennemi majeur et finit même par transcender les limites connues avec la transformation inédite de Super Saiyan 4, forme adulte et bestiale qui a marqué les esprits. Sa character arc se termine par son départ aux côtés de Shenron, un acte sacrificiel implicite (Goku disparaissant pour le bien de la Terre) qui conclut son évolution sur une note légendaire.
À ses côtés, Pan incarne la nouvelle génération intrépide. Petite-fille de Goku et Satan, elle aurait pu symboliser la relève féminine courageuse. Pan est intronisée dès le premier épisode comme une aventurière au fort tempérament, n’hésitant pas à prendre les commandes. Cependant, son traitement a déçu nombre de fans : malgré son énergie, Pan reste souvent “la demoiselle en détresse” que Goku doit secourir. Ce n’était pas un hasard d’écriture mais bien une intention initiale du staff – le producteur Kōzō Morishita explique que Pan devait être une héroïne forte mais constamment en danger, « une héroïne qui fait de Goku un héros » en suscitant ses sauvetages. Cette décision a eu pour effet de la cantonner à un rôle d’adolescente imprudente et parfois geignarde, ce qui a irrité une partie du public. En effet, Pan « passe le plus clair de son temps à se plaindre et manquer de respect à son illustre papy » selon une critique sévère. Elle n’obtient aucune transformation Saiyan malgré son héritage, ce que beaucoup ont regretté. Néanmoins, certains observateurs nuancent ce tableau en notant que Pan possède un courage et un optimisme proches de ceux de Goku enfant, et qu’elle est finalement le personnage qui ressemble le plus à son grand-père dans sa soif d’aventure.
Trunks, de son côté, est présenté comme un jeune adulte à la tête de Capsule Corp, loin du guerrier venu du futur qu’on connaissait. Ce Trunks-ci a grandi en temps de paix et cela se ressent : il apparaît moins combatif et moins charismatique que son alter ego futuriste. Dès le premier arc, Trunks peine à soutenir la comparaison avec l’image que l’on se faisait de lui dans DBZ. Il joue plutôt le rôle du partenaire pragmatique, intelligent et modéré aux côtés de Goku et Pan. Son expérience de combattant est mise en avant sur quelques planètes (il affronte par exemple Ledgic ou Rilldo dans l’espace), mais il est rapidement éclipsé dès l’arc Baby. Après avoir été contrôlé brièvement par Baby, Trunks disparaît quasiment de l’action principale. Son utilisation limitée a été perçue comme un gâchis, même si l’on peut justifier sa moindre puissance par le contexte : à quoi bon s’entraîner dur sans menace imminente, dans un monde redevenu paisible ? (d’autant que « s’il y avait un danger, Goku et Vegeta s’en seraient chargés », comme le souligne un fan pour expliquer l’inaction relative de Trunks, Gohan ou Goten). Ainsi, GT montre une Z-Team “rouillée” par les années de paix, dépendante de Goku pour les sauvetages héroïques.
En retrait au début de GT, Vegeta connaît pour sa part une évolution singulière. Lorsque la série débute, Vegeta a adopté une vie de famille tranquille – image symbolisée par sa fameuse moustache et sa tenue civile, qui ont fait couler beaucoup d’encre chez les fans (ce look éphémère a même « cassé la toile » d’après certains, tant il a surpris le public). Conscient que Goku lui est supérieur depuis la fin de DBZ, Vegeta semble avoir relâché la compétition, du moins jusqu’à ce que Baby apparaisse. Possédé par Baby, Vegeta redevient l’antagoniste redoutable d’autrefois (sous la forme de Baby-Vegeta) et met Goku en grave difficulté. Libéré du parasite, il prend ensuite à cœur de combler son retard : c’est Bulma qui l’aide à atteindre le stade de Super Saiyan 4 grâce à un générateur de rayons Blutz, dans l’espoir de rivaliser avec Goku. Vegeta retrouve alors un rôle actif lors du combat final contre Li Shenron, allant jusqu’à fusionner avec son rival pour former Gogeta. Même s’il est moins central que dans DBZ, Vegeta conserve sa fierté et son courage. Il est d’ailleurs montré comme le protecteur de la Terre lorsque Goku et les autres sont absents, et c’est vers lui que Goku se tourne pour lui confier la protection du monde avant de partir. En somme, Vegeta dans GT illustre une maturation : il accepte de combattre aux côtés de Goku plutôt que contre lui, et endosse le rôle du second prêt à prendre la relève si le héros venait à manquer.

Antagonistes et nouveaux personnages : Dragon Ball GT introduit une galerie d’ennemis inédits aux profils variés, avec des fortunes critiques diverses. Baby est sans conteste le grand méchant le plus réussi de la série aux yeux du public. En tant que parasite Tsuful cherchant à exterminer les Saiyans, Baby apporte une vraie dimension de vengeance et de drame intergénérationnel. Son pouvoir de contrôler les corps (en transformant les hôtes en “Neo-Tsufuls”) permet des situations tendues – voir Goku devoir affronter ses propres enfants et amis possédés par Baby a marqué les esprits. Ses motivations sont claires (reconstruire son peuple et punir les Saiyans), ce qui le rend crédible, et son affrontement prolongé avec Goku (allant jusqu’à forcer ce dernier à l’exil sur la planète Plant puis à la transformation en singe doré puis en Super Saiyan 4) est souvent cité comme le sommet de GT en termes de narration et de combat. Même une analyse très critique concède que Baby est la « seule éclaircie dans l’épais brouillard » des antagonistes de GT grâce à son concept atypique et son charisme certain.
En revanche, Super C-17 est généralement considéré comme le vilain le plus faible de la série. L’idée de fusionner C-17 à son clone maléfique pour créer un super-androïde avait du potentiel sur le papier, mais l’exécution bâclée en a frustré plus d’un. L’arc Super 17 ne dure que six épisodes et se résume à une succession de combats rapides où Super C-17 encaisse tout sans broncher jusqu’à ce que Goku trouve la faille pour le détruire. Ce schéma simpliste, additionné au recyclage de vieux ennemis sortis de l’Enfer juste pour un caméo, donne l’impression d’un remplissage sans grande inventivité. Myuu, le scientifique fou allié à Gero, apparaît comme une pâle copie kitsch du Dr. Gero original. Au final, Super 17 est expédié par un gamin (certes un “gamin” surpuissant qu’est Goku) en un seul Kamehameha, ce qui laisse peu d’impact narratif. Cet antagoniste est souvent cité comme l’exemple du fan-service poussif de GT, qui ressuscite des vieilles figures (le Commandant Red, Freezer, Cell, etc.) sans les exploiter de manière mémorable.
Les Dragons maléfiques, quant à eux, occupent une place particulière. Ils représentent un concept ingénieux – chaque Dragon étant né d’un vœu exaucé par Shenron dans le passé, la série joue ici sur la nostalgie et la mythologie interne de Dragon Ball. Sur les sept dragons, on en retient surtout deux : Li Shenron (le Dragon à une étoile), antagoniste final à la puissance titanesque, et son frère San Shenron (le Dragon à quatre étoiles, appelé Nova Shenron en VO) qui montre un certain honneur au combat. Les autres dragons offrent des combats plus anecdotiques, souvent teintés d’humour (par exemple le dragon à six étoiles, Haze Shenron, et son épisode quasi-comique). Si l’idée de base était excellente – donner une conséquence aux vœux passés – son potentiel n’est qu’en partie exploité. On a reproché à ces ennemis un manque de prestance globale : « Li Shenron galère à compenser le manque de prestance de ses collègues dragons », note-t-on ainsi pour souligner que seul le dernier adversaire présente un véritable enjeu, les autres étant vaincus assez facilement. Malgré cela, le combat final contre Omega Shenron reste épique et riche en rebondissements (fusion Gogeta, puis Genki-Dama universelle). Il sert de bouquet final à la série, bouclant la boucle des Dragon Balls.
Parmi les nouveaux personnages secondaires, citons Giru (ou Gill), le petit robot extraterrestre que l’équipe trouve dès l’épisode 3. Giru avale le radar Dragon et devient ainsi le compagnon indispensable de nos héros en intégrant le radar en lui. Son caractère peureux et gaffeur apporte la touche comique lors du voyage spatial, et sa loyauté progressive envers Pan est un fil rouge attendrissant. D’autres nouvelles têtes incluent la famille de Vegeta : sa fille Bra (Bra est adolescente dans GT, mais elle joue un rôle mineur, plutôt décoratif), ou encore Uub (la réincarnation de Buu) que l’on voit surtout au début et lors de l’arc Baby. Uub fusionne avec Mister Buu pour devenir Majuub et tient tête à Baby Vegeta un moment, mais lui aussi est rapidement évincé de la résolution finale. On a le sentiment que GT introduit des personnages prometteurs (Pan, Uub) sans réellement les faire grandir jusqu’au bout, ce qui a laissé les fans sur leur faim.

Réception des personnages : Les choix créatifs autour des personnages de GT ont été accueillis froidement par une grande partie du public. À la diffusion initiale, beaucoup de fans historiques ont vu GT comme une hérésie envers leurs héros favoris. La surreprésentation de Goku a été pointée du doigt : « la Goku-dépendance bat ici des records », au point d’éclipser totalement les autres Z-Fighters. Effectivement, Gohan, Goten, voire même Vegeta pendant une bonne moitié de la série, sont réduits à la figuration ou à des rôles indignes de leur puissance passée. Un critique n’a pas mâché ses mots en constatant que Gohan, autrefois le sauveur contre Cell, est relégué au rang de « petit père de famille à lunettes qui esquive les combats, mais laisse sa fille aller au charbon » – une situation frustrante pour les fans du personnage. Pan, on l’a dit, a souvent agacé par son comportement criard, au point d’être qualifiée de personnage le moins apprécié de la bande. Trunks, lui, a déçu par sa passivité comparé à son incarnation du futur. En résumé, la nouvelle génération que GT cherchait à mettre en avant (Pan, Trunks, Uub) n’a pas réussi à gagner le cœur du public, qui a surtout retenu leurs défauts.
Toutefois, avec le recul, certains amateurs nuancent ces critiques. Ils soulignent par exemple que le manque d’engagement des anciens (Trunks, Gohan, Goten) est cohérent avec l’univers : le monde étant en paix depuis la fin de Boo, ces personnages ont suivi leur vie normale (études, travail) et se sont « rouillés », ce qui explique qu’ils laissent volontiers Goku mener la danse. De même, Pan, malgré ses maladresses, apporte un vent de fraîcheur et perpétue l’esprit aventureux de son grand-père – elle n’est pas plus casse-pieds qu’un Goku gamin pouvait l’être par moments, argumentent ses défenseurs. Surtout, GT a réussi à créer un design et une forme légendaires avec le Super Saiyan 4, qui restent aujourd’hui encore l’un des éléments les plus populaires de la série. La transformation en SSJ4 (poils rouges, queue de singe, cheveux noirs longs et yeux cerclés de rouge) tranche radicalement avec les Super Saiyans blond platine de Toriyama, et beaucoup de fans la considèrent comme l’apport le plus marquant de GT. Même les détracteurs admettent volontiers que le Super Saiyan 4 possède une aura et un style réussis, au point que cette forme a été intégrée dans de nombreux jeux vidéo et produits dérivés, témoignant de son impact. Par ailleurs, le personnage de Baby et l’idée des Dragons maléfiques sont souvent salués pour leur créativité, ce qui montre que GT, malgré ses erreurs, a su enrichir l’univers Dragon Ball de quelques concepts mémorables.

Réception critique et héritage de Dragon Ball GT
Lors de sa sortie initiale, Dragon Ball GT a reçu un accueil mitigé, tendant vers le négatif de la part du public et des critiques. L’énorme attente des fans (qui espéraient une suite au moins aussi épique que DBZ) a joué en défaveur de GT. Très vite, la série a été jugée en décalage par rapport à ses prédécesseurs : rythme lent, combats peu marquants et intrigue jugée moins prenante. Des magazines de l’époque et des fanzines ont souligné que malgré quelques idées prometteuses (le voyage spatial, Baby, les Dragon Balls corrompues), GT n’arrivait pas à concrétiser ces espoirs et tombait dans la répétition ou la facilité. Beaucoup de fans de la première heure ont crié à la trahison, considérant GT comme une œuvre « non-canon » indigne de Toriyama. En ce sens, GT a acquis assez vite la réputation du “mauvais élève” de la saga. Les critiques ont fustigé ses incohérences scénaristiques et son recours excessif au fan-service. Par exemple, le dernier combat contre Li Shenron a été pointé du doigt comme un recyclage du schéma classique (fusion Gogeta qui échoue par excès de confiance, Goku qui finit avec un Genki-Dama géant – un dénouement rappelant fortement la fin de Buu). On a reproché aux auteurs de manquer d’inspiration et de simplement recycler des recettes éprouvées de DBZ sans les sublimer, aboutissant à un produit bancal. Le constat de Booska-P est sans appel : « GT n’a ni la légèreté entraînante du premier animé, ni la violence jouissive du second », restant le cul entre deux chaises. Sur le plan de la popularité, GT n’a pas laissé le même impact culturel : pas de phénomène de société comme l’avait été DBZ. Beaucoup de spectateurs l’ont regardé par fidélité, mais sans l’enthousiasme d’antan, et certains l’ont même abandonné en cours de route (chose impensable à l’époque de DBZ).
Cependant, Dragon Ball GT n’est pas pour autant unanimement détesté. Au fil des ans, une réévaluation partielle s’est opérée chez une partie du fandom. D’abord, une fois la comparaison directe avec DBZ estompée par le temps, on peut apprécier GT pour certaines qualités propres. Par exemple, l’arc Baby est aujourd’hui encore salué par nombre de fans comme un des meilleurs arcs hors manga, pour son ambiance oppressante et le challenge inédit qu’il propose (un ennemi qui force nos héros à s’entretuer, thème rarement exploré dans DB). L’idée des Dragons maléfiques est également considérée, rétrospectivement, comme une trouvaille thématique ingénieuse – même ceux qui n’aiment pas GT admettent que donner une conséquence négative aux vœux était un concept fort et « un stroke of genius » dans le lore de la série. Ensuite, l’apport visuel du Super Saiyan 4 a entretenu la flamme de GT dans la mémoire collective : cette transformation est souvent citée dans les sondages de popularité des fans, certains la préférant largement aux évolutions plus récentes de Dragon Ball Super. L’esthétique de GT – typiquement 90’s – provoque aussi une certaine nostalgie chez les fans qui ont grandi à cette époque. La bande-son et les génériques demeurent appréciés, conférant à GT une identité sonore attachante.
Certains amateurs passionnés vont plus loin en défendant que Dragon Ball GT est une série sous-estimée. Ils arguent que sans la comparer à DBZ, GT est un bon divertissement qui propose une fin correcte à l’histoire de Goku. Des critiques positives soulignent que les combats de GT, bien que plus courts, restent dynamiques et pleins de surprises, et que la logique des personnages (comme Goku redevenu enfant ou les guerriers rouillés) peut se justifier dans l’univers. Ce courant d’opinion minoritaire considère même que GT surpasse Dragon Ball Super en termes de prise de risques créatifs et d’émotion nostalgique. Il est vrai que GT osait conclure l’histoire et prendre des décisions drastiques (faire partir Goku, tuer Piccolo définitivement, etc.), là où d’autres prolongations jouent parfois la sécurité.

Conclusion:
En fin de compte, Dragon Ball GT, c’est un peu comme ce pote qui veut absolument faire une surprise… mais qui oublie le papier cadeau, le ruban, et parfois même la surprise. L’anime tente des choses audacieuses, nous sort Goku version format “enfant du club Mickey”, transforme tout le monde en singes géants brillants, puis décide de conclure sur un générique qui fait pleurer n’importe quel fan depuis 1996.
GT, c’est un laboratoire d’expériences scénaristiques où les scientifiques ont manifestement perdu le manuel : un arc espace façon Star Wars discount, un dragon de cristal qui se rebelle, et un Vegeta moustachu qui donne l’impression d’être en plein burnout capillaire. Et pourtant… on regarde, on râle, on rigole, puis on re-regarde, parce qu’au fond, c’est Dragon Ball. Et Dragon Ball, même quand ça déraille, ça reste plus fun qu’un Kamehameha mal dosé.
Finalement, GT, c’est le cousin un peu bizarre de la famille : tu ne comprends pas toujours ce qu’il fait, mais tu l’aimes quand même… surtout quand il ne touche plus aux Dragon Balls pendant un moment.

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